I
Jean
Chapitre 9

Jean se figea en pénétrant dans son bureau. Alistair était revenu. Le jeune homme était installé sur sa chaise, concentré sur son écran d’ordinateur. Il devait être arrivé depuis un bon moment. Il n’avait pas bougé d’un cil quand il était entré.
Jean supposait qu’il l’avait parfaitement entendu arriver, mais qu’il l’ignorait ostensiblement. Il l’observa quelques secondes, puis se racla la gorge. Il ne reçut pas de réponse, Alistair ne bougeant pas, parfaitement immobile. Comprenant qu’il n’en tirerait rien -du moins pour le moment- Jean poussa un soupir et se résigna. Il s’avança un peu plus dans la pièce, accrocha sa veste au porte-manteau puis alla se placer à son bureau.
Tout en allumant son ordinateur, il continua à observer son jeune collègue. Celui-ci avait l’air complètement hermétique à sa présence. Jean tenta de déceler des signes qui démontreraient un certain trouble, mais le visage du jeune homme était définitivement impassible. Poker face, comme il avait appris à dire avec le temps.
Il ne parvenait pas vraiment à analyser l’attitude d’Alistair. Ce dernier devait, certes, le détester, mais il n’aurait pas imaginé qu’il puisse agir comme s’il n’existait pas. Et puis, s’il y réfléchissait bien, Alistair ne l’aurait pas embrassé s’il n’en avait pas eu un peu envie. S’il n’avait vraiment eu d’autre but que de le faire taire, il aurait très bien pu le gifler ou même s’en aller pour ne plus l’entendre. Or il l’avait embrassé, répondant à sa provocation. Cela voulait donc dire qu’il était attiré par lui un minimum. Alors pourquoi l’ignorer s’il lui plaisait ? Était-il si fier que ça ?
Sans doute, oui. Il devait bien admettre que lui-même ne savait pas s’il aurait accepté de reparler à Alistair tout de suite. Ils auraient sûrement besoin d’un peu de temps tous les deux. Du temps pour réfléchir à comment ils en étaient arrivés là, et ce qu’ils voulaient faire de leur relation. Le choix n’était pas très évident, cependant. Ils pouvaient rester ainsi, à une froide relation de collègues de bureau ne s’adressant plus la parole. Ou se réconcilier et être un peu plus aimables l’un envers l’autre, tout en oubliant ce qu’il s’était passé entre eux. Ou bien… Il ne savait pas trop.
Il poussa un nouveau soupir et se mit au travail. De temps en temps, il jetait un coup d’oeil à Alistair qui, lui, ne le regardait jamais. Il semblait bien déterminé à l’ignorer. Jean haussa les épaules. Il avait toute la journée pour trouver comment se comporter avec lui.
Une heure plus tard environ, il prit la décision de le tester un peu. Puisqu’Alistair semblait si indifférent à sa présence, il allait tenter de l’énerver, pour obtenir une réaction.
Il commença par fredonner un air qu’il avait récemment entendu à la radio. Mais la musique ne fit pas broncher le jeune homme. C’est même Jean qui finit par être agacé par cette mélodie. Résigné, il arrêta et fronça les sourcils, cherchant un autre moyen de faire plier Alistair. Ils auraient, de toute façon, besoin de s ‘adresser la parole à un moment où un autre. Autant s’y remettre le plus tôt possible. Il réfléchit rapidement pour trouver autre chose à faire, se remémorant toutes les fois où il avait pu voir quelqu’un s’énerver, et la cause de cette colère. Finalement, une seconde idée lui vint et lui soutira un sourire. Plutôt satisfait, il se remit au travail. La seule différence fut qu’il s’appliqua à décrire à voix basse chaque action qu’il effectuait, comme le font certaines personnes qui ont tendance à parler toutes seules. C’était quelque chose qui, en général, portait assez facilement sur les nerfs.
Il marmonna donc régulièrement, pestant un peu plus fort de temps en temps, lorsque son ordinateur ne faisait pas ce qu’il voulait. Il prit, bien entendu, grand soin d’examiner chaque réaction d’Alistair, l’observant de derrière son écran. Et cette fois-ci, le résultat fut encourageant. Au bout de quelques minutes, il vit Alistair froncer les sourcils, cependant il resta en apparence concentré sur son travail. Il aurait donc très bien pu être seulement contrarié par un quelconque problème informatique. Mais peu après, Jean remarque que la poitrine du jeune homme se soulevait amplement, signe qu’il respirait fort et pourtant Alistair restait tellement silencieux que, s’il ne l’avait pas regardé, Jean ne se serait rendu compte de rien. Il en conclut que son jeune collègue ne voulait pas lui donner le plaisir de savoir qu’il avait réussi à l’énerver.
Sourire aux lèvres, Jean continua à travailler tout en commentant dans un murmure ce qu’il faisait. Il trouvait la situation très amusante. Après tout, Alistair l’avait profondément bouleversé ces derniers jours. En le titillant un peu, il ne faisait que lui rendre la monnaie de sa pièce. Il ne sut pas exactement combien de temps dura ce petit manège mais au bout de plusieurs minutes, alors qu’il commençait à perdre espoir, un bruit lui parvint. Sans lever la tête, il tendit l’oreille et comprit que son collègue venait de pousser un soupir. Il ne pouvait pas deviner s’il en était la cause, mais rien que l’imaginer étira ses lèvres d’un mince sourire. Il ne s’arrêta pas pour autant et, enfin, quelques secondes plus tard, fut récompensé.
Alistair se racla la gorge. Sans aucun doute, cette fois, il s’adressait à lui. Jean réprima un sourire moqueur et releva la tête vers le jeune homme en tentant d’adopter une expression polie. Leurs regards se croisèrent et les joues d’Alistair rosirent de façon imperceptible, ce qui amusa beaucoup Jean. Le jeune homme fronça les sourcils, sans doute plus pour masquer sa gêne que pour manifester son énervement.
Jean prit le parti de feindre l’innocence.
-Oui ?, demanda-t-il d’une voix posée.
Alistair, visiblement nerveux, inspira profondément avant de se lancer :
-Pourriez-vous faire moins de bruit, s’il vous plait ?
Ses paroles étaient saccadées. Il n’était pas à l’aise. Jean haussa les sourcils, jouant la surprise, puis sourit d’un air indulgent.
-Bien sûr. Navré de vous avoir dérangé.
Une fois de plus, ses excuses hypocrites durent porter sur les nerfs d’Alistair qui serra les dents mais ne répondit rien. Silencieusement, il rompit le contact visuel et se remit au travail. Jean devina qu’il s’était empêché de parler pour éviter de s’énerver et que cela dérape comme l’avant-veille. Pourtant, il se l’avouait maintenant, cela ne l’aurait pas dérangé.
Après ce bref échange, il décida d’accorder un peu de répit au jeune homme. Puisqu’il ne semblait pas refuser catégoriquement de lui adresser la parole, il était inutile d’insister. Et puis, lui-même avait besoin de se donner un peu de temps pour savoir ce qu’il voulait faire de cette situation.
À l’heure du repas, il attendit de voir ce qu’Alistair allait faire pour lui-même prendre une décision.aux alentours de midi, le jeune homme mit son ordinateur en veille et se leva. Jean ne bougea pas, ne souhaitant pas le mettre mal à l’aise ou le faire réagir en fonction de lui. Il avait décidé de le laisser tranquille un moment, et de l’observer pour essayer de le cerner un peu mieux. Il est vrai qu’il ne savait pas grand chose du jeune homme. En quelques mois passés ensemble, il n’avait pratiquement rien appris sur lui. Il ne savait rien de sa vie, de ses habitudes, de ce qu’il aimait faire… Et ne savait donc pas comment ils pourraient trouver un terrain d’entente.
Quand Alistair eut quitté la pièce il se prépara à son tour et se rendit à la cantine. Il prépara son plateau et rejoignit Patrick à une table. Cela faisait un moment qu’il n’avait pas parlé d’Alistair avec lui mais il supposait que, comme tout le monde, il était au courant du froid qui régnait entre eux et qu’il n’aborderait pas le sujet.
Il salua donc son collègue et s’assit en face de lui. Il resta muet un moment, cherchant Alistair du regard dans la grande salle. Il le vit assis à une table avec un groupe d’une dizaine de personnes. Cela l’étonna car en général le jeune homme était à l’écart, ne préférant sans doute pas se mêler aux autres alors qu’il n’avait pas de sympathie pour eux. Pourtant, il semblait à l’aise parmi ces collègues.
Jean le vit discuter avec plusieurs d’entre eux, prendre part à une conversation qui semblait passionner tous les participants. Lorsqu’Alistair se mit à rire, Jean se figea. C’était la première fois qu’il ne voyait arborer plus qu’un demi-sourire. Et il ne se souvenait pas l’avoir vu faire plus d’une ou deux fois. Le voir rire, c’était comme découvrir quelqu’un d’autre. Il l’observa longuement, comme fasciné par le visage du jeune homme qui se présentait à lui sous un jour nouveau.
Patrick dut s’inquiéter de le voir si troublé, et l’interpella :
-Jean ?
L’intéressé se détourna vivement de sa contemplation pour faire face à son collègue. Il eut un geste nonchalant de la main pour lui faire comprendre qu’il n’y avait rien de grave. Il engagea la conversation en questionnant Patrick sur sa vie privée, se souciant peu de ce sujet mais désirant ne pas paraître trop préoccupé. Il écouta son collègue en feignant l’attention, jetant de temps à autre un coup d’oeil vers Alistair pour ne rien rater de ce qu’il souhaitait apprendre sur le jeune homme. Il eut donc du mal suivre le monologue de son vis-à-vis, répondant seulement par des hochements de tête et des sourires neutres.
Le temps du repas lui sembla long, et il finit par regretter de ne pas avoir mangé seul. Il parvint enfin à quitter la salle pour retourner dans son bureau. Alistair, évidemment, était déjà au travail. Jean le toisa quelques secondes puis regagna sa place. La journée n’était pas finie.
Elle prit fin lorsque son jeune collègue se leva de sa chaise et se prépara à quitter les lieux. Jean le suivit du regard jusqu’à ce qu’il sorte, puis éteignit son propre ordinateur et rassemble ses affaires, et pressa le pas quand il aperçut Alistair traverser le hall. Il le suivit jusque là, marchant à son rythme pour ne pas le rattraper. Lorsqu’ils furent sortis, il s’arrêta sur les marches et suivit le jeune homme du regard, l’observant remonter la rue jusqu’à une petite voiture rouge, puis démarra et s’en aller. Quand il eut disparu de son champ de vision, Jean poussa un petit soupir et se dirigea vers sa propre voiture.
Une fois chez lui, il vérifia que Florence n’était pas repassée mais encore une fois, rien ne signalait sa présence. Tout cela le laissait indifférent.
Il n’alluma pas la télé, n’écouta pas de musique et ne but même pas. Il n’avait pas envie de faire grand chose. Alors qu’il mangeait, il commença à réfléchir aux tactiques qu’il pourrait mettre en place. Il lui fallait briser la glace entre lui et le jeune homme, s’il voulait faire évoluer leur relation.
Il devait apprendre à connaître bien mieux son collègue, pour savoir ce qui le touchait, et par quels moyens remonter dans son estime, où il avait du faire une chute vertigineuse.


Nannnnnnnnnnnnn, je veux la suite !!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!! (*en mode hyperactivité*). C’est pas juste, moi qui espérais que Jean allait pousser Alistair à bout et que ça donnerai encore de l’action !! la suite, la suite, la suite!!!
Haha ça va prendre un peu de temps maintenant, je fais aller les choses progressivement après l’entrée en matière un peu brutale ^^
sadiqueeeeeeeeee!!!!!
J’adOOOre l’histoire… je ne suis pas patiente, alors bouge les fesses.. Hammeh!! plutôt les doigts et passe nous le reste.
Il m’a fallu la mâtiné pour tous lire (Ouais je l’ai adoré à ce point) alors ne me laisse pas tombé.
Ne t’inquiète pas, la suite viendra en temps et en heure