
Prologue
Les rues de Paris s’illuminèrent, réverbère par réverbère, et les taches de lumière se propagèrent le long des boulevards, telles une traînée de poudre, lorsque Raphaël Quambrin referma la porte de sa petite librairie, le sourire aux lèvres, heureux comme jamais.
Il glissa la clé de sa boutique dans la poche de sa grosse veste d’hiver, appréciant le contact froid du métal sur la peau de ses doigts.
Cette clé, c’était la sienne.
Après vingt-deux ans à en avoir rêvé, cela y était enfin : désormais il passerait ses journées entouré de livres, dans un endroit empli de l’odeur du papier et du cuir des reliures, menant sa vie comme bon lui semblait.
Libraire… ah, quel beau mot que celui-là !
Tout l’imaginaire qu’il s’était crée autour quand petit il rêvait déjà devant les vieux ouvrages qui s’entassaient dans des cartons, au fond du grenier de leur vieille maison -il ne savait pas encore lire qu’il feuilletait déjà les livres pour le simple plaisir de sentir les pages se craqueler sous ses doigts- lui semblait aujourd’hui accessible.
Il frissonna quand une bourrasque un peu plus forte que les autres vint lui rappeler que l’hiver était là, et qu’il n’aurait pas été dénué d’intérêt qu’il songe à rentrer chez lui : la nuit était là.
Paris, qu’il habitait depuis quelques années déjà, ne lui avait jamais semblé aussi belle que la nuit, alors que le ciel noir aurait pu tout écraser, mais que l’éclairage des lampadaires rendait toute construction plus majestueuse encore qu’elle ne pouvait l’être le jour.
Sur le chemin qu’il empruntait pour rejoindre son petit appartement, il passait souvent dans des petites rues dont certaines maisons avaient gardé leur aspect moyenâgeux et pouvaient paraître délabrées le jour, mais lui les trouvait sublimées par la lumière jaune et blanche des lampadaires, et parfois de la lune, lorsqu’il avait la chance de la voir pleine.
Perdu dans ses pensées, il n’avais pas vu le temps passer et il avait du rester longtemps là, planté sur le bord du trottoir, à regarder passer les voitures en souriant, sans penser à défaire les nœuds que le vent s’amusait à créer dans se cheveux.
Reprenant ses esprits alors qu’il regardait sa montre, il se décida à se mettre en route. Il regarda à droite, puis à gauche, plissa les yeux pour ne pas être aveuglé par les phares des voitures qui arrivaient trop vite, et traversa la route quand il fut sûr de ne pas se faire écraser au passage.
Les mains dans les poches et des projets, plein la tête, il allait fêter la réalisation de son rêve le plus cher.
Paris, tout comme lui, n’était pas prête de dormir.

8 ans plus tard…
Raphaël salua la femme qui quittait sa librairie avec plusieurs ouvrages sous le bras puis se replongea dans le livre qu’il avait commencé la veille. Ce n’était pas un roman très palpitant mais son atmosphère était apaisante et douce, un peu comme le gros pull en laine soyeuse qu’il portait ce jour-là. Il plaignait les passants qui, au dehors, se serraient dans leur manteau et ouvraient leur parapluie. Il aimait son métier, être toujours à l’intérieur et bien au chaud quelles que soient les circonstances.
Ce jour-là, le temps était particulièrement mauvais. Cela faisait plusieurs jours que le vent soufflait fort et que le ciel était gris, mais aux dernières feuilles des arbres qui s’envolaient pour aller recouvrir le trottoir, arrachées par de grandes bourrasques, s’ajoutaient maintenant de longs traits de pluie qui faisaient disparaître toutes les couleurs de la rue. Les clients de ce matin-là lui avaient également assuré que le froid était plus saisissant que les autres jours.
Lassé du spectacle de la rue, il soupira, jeta un coup d’œil à son livre qu’il avait délaissé depuis quelques minutes puis le referma en laissant un ruban entre les pages pour se souvenir de là où,il avait laissé l’histoire. Il se leva ensuite et se déplaça derrière son bureau pour allumer la chaîne hi-fi qu’il avait installée là, et y placer un disque de musique classique.
Les violons et autres pianos faisaient partie de ses petits plaisirs. Il avait toujours aimé les ambiances calmes, et trouvait que lecture et musique étaient deux activités qui s’accordaient bien. Il lui arrivait en plus d’être agréablement surpris lorsqu’un des clients reconnaissant un morceau de Mozart ou Chopin. Alors il avait l’impression qu’un lien se créait, une sorte de connivence qui ajoutait un charme de plus à son métier.
Quand la musique se fut lancée, il se mit en tête de faire le tour de la pièce pour vérifier que tout était en ordre. Il sortit de son bureau puis commença à longer les étagères, passant en revue les ouvrages qui s’y trouvaient et vérifiant par la même occasion qu’elles n’étaient pas trop poussiéreuses.
Au moment de s’installer dans cette petite librairie, il avait cherché comment aménager au mieux l’espace pour obtenir l’ambiance qu’il souhaitait offrir à ses clients. Il avait finalement opté pour une peinture beige et des étagères en bois foncé. Le long bureau installé contre le mur du fond était de la même couleur.
Il était satisfait de l’ensemble, même s’il commençait à manquer de place pour afficher tous les ouvrages qu’il désirait. Il pensait d’ailleurs rajouter sous peu des présentoirs au centre de la pièce pour y placer les nouveautés.
En terminant son inspection, Raphaël passa une main sur sa joue et sourit en s’apercevant qu’il avait oublié de se raser. Il espérait que cela ne ferait pas fuir les clients. Le carillon de la porte d’entrée sonna alors. Quand on parle du loup…
Raphaël se tourna vers le nouvel arrivant et reconnut un de ses habitués, un jeune étudiant qui venait souvent pour lui acheter des ouvrages scientifiques et discuter un peu de ses projets d’avenir. Raphaël n’y comprenait en général pas grand chose mais se faisait un plaisir de l’aider à trouver les livres dont il avait besoin. Il avait retenu qu’il rêvait d’être un jour vétérinaire.
Il salua le jeune homme puis retourna se placer derrière son bureau. La chaîne hi-fi, non loin de là, continuait de diffuser un concerto pour violon.
-Bonjour, souffla son client en rabattant sa capuche en arrière. Je voudrais commander un livre.
-Bien sûr. Vous avez les références ?
Il nota le nom du livre sur son bloc-notes puis assura le jeune homme que sa commande serait passée dans la journée. Ils discutèrent un peu de la pluie et du beau temps, jusqu’à ce que le portable du jeune homme sonne et qu’il doive s’en aller un peu précipitamment. Il promit cependant de revenir très bientôt.
Raphaël sourit en le regardant partir, amusé de le voir courir sous la pluie, sans doute pour se rendre à un rendez-vous amoureux. Il lui semblait que ce temps était déjà loin pour lui, qui avait désormais trente-deux ans.
À nouveau seul, il se décida à ranger la petite dizaine de livres qui reposait sur une étagère derrière son bureau. Il s’accroupit pour leur faire une place au ras du sol puis se releva, s’étira et retourna s’asseoir à sa place. Il alluma ensuite son ordinateur pour ne pas oublier le livre que lui avait demandé le jeune étudiant.
Son quotidien ressemblait à cela : accueillir les clients, les conseiller, passer des commandes, ranger les livres, faire le ménage dans la pièce…
Parfois c’était un peu fatigant, mais tant qu’il avait le temps de lire un peu au milieu de tout ça, il était heureux. Ce qui lui faisait le plus plaisir, c’était quand un client venait avec pour seul bagage son envie de lire, et lui laissait carte blanche pour trouver l’auteur qui saurait lui plaire.
Quand il put s’accorder un moment de repos, Raphaël se laissa aller contre le dossier de sa chaise, ferma les yeux et se laissa bercer par le rythme lent de la musique. Il resta un long moment ainsi, somnolant à moitié, quand soudain la sonnerie du téléphone de la boutique retentit et le tira de son long alanguissement.
Il se redressa vivement sur sa chaise et chercha le combiné des yeux, mais ne le vit pas. Comprenant que le son venait de plus loin dans la pièce, il se leva et se mit à la recherche du mystérieux téléphone perdu.
Il le trouva, trois sonneries plus tard, entre deux romans qu’on lui avait demandés pour une classe de lycée. Il s’empressa de décrocher et de placer le combiné sur son oreille.
-Allô ?
-Allô, mon chéri ?
Raphaël poussa un profond soupir.
-Maman, je t’ai déjà dit de m’appeler sur mon portable… pas sur le fixe de la boutique !
-Oui, mais…
Sa mère avait une fâcheuse tendance à commencer ses phrases par « oui mais » quand elle ne savait pas quoi dire. Ce qui, à la longue, l’agaçait prodigieusement.
-… c’était un peu urgent et je ne savais plus où j’ai mis ton numéro.
-Ça fait plaisir, tu fais attention à ce qui me concerne, grommela-t-il.
-Quoi ? Bon, attend, je n’ai pas le temps de rigoler…
-Mais moi non plus ! Je travaille !
-Tu as bien le temps de prendre une pause, non ?
-Non. Au revoir.
Il poussa un soupir exaspéré et raccrocha au nez de sa mère. Il balança le téléphone sur son bureau d’un geste agacé avant de s’asseoir un peu brusquement sur sa chaise. Il ne supportait pas les critiques à propos de son travail, sous-entendues ou non, et qu’elles viennent de sa mère ne changeait rien. Au contraire, c’était même pire.
Pourquoi ne voulait-elle pas comprendre qu’il était très heureux comme ça, qu’il avait réalisé son rêve et que ça lui suffisait ? Non, elle pensait certainement qu’il vivrait mieux avec un poste haut placé dans une grande entreprise, roulant sur l’or et ne sachant pas quoi faire de son argent.
Mais ce n’était pas ce dont il avait envie, et à trente-deux ans, il entendait bien mener sa vie comme il l’entendait. Peut-être s’inquiétait-elle de ne toujours pas avoir rencontré sa fiancée, voire sa femme.
Sauf qu’il n’avait personne dans sa vie et aucune envie d’organiser une de ces mises en scène où une amie jouerait le rôle de sa fiancée juste pour satisfaire les caprices de sa mère, qui ne manquait jamais une occasion de lui rappeler qu’elle attendait ses petits enfants.
Et puis, il vivait très bien son célibat. Il n’avait en effet aucune vie sentimentale depuis qu’il s’était installé à son compte, et la gestion de la librairie lui prenait tout son temps. Cela ne le dérangeait pas vraiment, puisqu’il aimait son travail, et il ne se plaignait jamais de ne pas avoir de temps libre. La situation lui convenait parfaitement, et puis il avait tout de même une vie sociale. Il était resté en contact avec quelques amis du lycée.
Bon, il devait l’avouer, ce n’étaient désormais plus que de simples connaissances. Il n’avait gardé d lien qu’avec une personne, qu’il avait rencontrée plus récemment, et en dehors du cadre de ses études. En effet, il avait fait la connaissance de son meilleur am dans une bibliothèque parisienne, et c’est leur passion pour la lecture qui les avait rapprochés. Petit à petit, ils avaient commencé à se voir plus souvent, se donnant rendez-vous à la bibliothèque puis autour d’un café… Leur amitié s’était construite ainsi. Valentin avait trois ans de plus que lui mais n’était pas plus un fils modèle que lui, et n’était pas marié non plus. D’ailleurs, si quelqu’un était plus loin du mariage que Raphaël, c’était bien lui.
Il avait l’impression que plus son ami vieillissait, et plus les femmes passaient vite dans son lit, se succédant à une vitesse folle. Raphaël aurait cru qu’avec le temps, cette mentalité d’hidalgo s’estomperait au moins un peu. Il lui semblait que c’était l’inverse qui se produisait finalement.
Enfin, s’il était heureux comme ça. Et lui était heureux sans aucune femme, et si ça ne convenait pas à sa mère, il ne pouvait que lui conseiller de faire un deuxième enfant tout de suite, avant qu’elle ne soi trop vieille pour être féconde et pour voir les petits enfants que ce fils ou cette fille prodigue saurait si bien lui donner.
C’est amer que Raphaël se leva pour aller tourner la pancarte accrochée en vitrine qui indiqua alors « Fermé ». Il ferma aussi la porte avant de se diriger vers le fond de la boutique. Il ouvrit une porte marquée « Privé » et tomba sur un escalier assez sombre, en haut duquel se trouvait son appartement.
Lorsqu’il avait décidé d’acheter le local pour sa librairie, il avait ensuite décidé de s’installer complètement ici et avait dépensé tout l’argent donné si gracieusement par ses grands-parents depuis sa naissance, pour s’offrir également l’appartement du dessus. Il trouvait rassurant, lorsqu’il travaillait, de savoir qu’il vivait au-dessus de ses livres, et quand il était chez lui, de savoir qu’il dormait au-dessus d’un trésor.
Trésor qu’il allait quitter pour quelques instants désormais, le temps au moins de prendre son repas avant de redescendre dans son élément. Car même s’il adorait son appartement, c’était quand même au milieu des livres qu’il se sentait le mieux. Il monta les marches de l’escalier d’un pas lent, ne prenant même pas la peine d’allumer la lumière. Il connaissait par cœur le nombre de marches, leur hauteur, et ralentissait toujours lorsqu’il apercevait la lumière passer sous la porte, pour chercher la poignée à tâtons.
Tous ces petits gestes auxquels il s’était habitué, et que beaucoup de gens trouvaient ennuyeux, qualifiaient de routine, lui les trouvait rassurants. Il aimait pousser la porte de son appartement, pénétrer dans le salon lumineux où régnait toujours la même odeur de meubles en bois un peu poussiéreux et de brioche fraîche qu’il achetait régulièrement dans une petite boulangerie non loin de là.
Il ôta ses chaussures dans l’entrée et se dirigea vers la cuisine, qui se trouvant dans la même pièce à vivre que la table où il mangeait, ainsi que le canapé et la télé. La salle de bain était une petite pièce fermée au fond de l’appartement, juste à côté de la chambre. La cuisine était ouverte sur le reste et se trouvait à droite en entrant. Raphaël ouvrit son frigo et en sortir des restes de pâtes à la bolognaise qu’il mit à réchauffer au micro-ondes. C’était l’avantage de vivre seul : personne pour râler qu’on mangeait toujours la même chose. Il n’était pas un grand chef cuisiner et s’en contentait très bien.
Il sortit des placards en bois une assiette, un verre et des couverts, puis mit la table dans le salon. Il s’installa sur la table rectangulaire en chêne, qui était beaucoup trop grande pour lui puisqu’il ne recevait que très rarement.
Il commença à manger face à l’une des fenêtres qui apportaient beaucoup de lumière à la grande pièce. C’était cette clarté et cette luminosité qui l’avaient définitivement convaincu d’acheter l’appartement.
Tout en mangeant, il se remémora son installation, les tonnes de cartons envahissant l’espace, et remarqua qu’en huit ans, rien n’avait changé. Les meubles étaient toujours les mêmes, à leur place. Il avait juste refait les peintures, et s’était acheté une nouvelle télé.
Le reste ne bougeait pas, et c’était très bien ainsi. Il aimait ce côté rassurant de l’immobilité des choses quand on perçoit à peine leur vieillissement. Il avait l’impression de mieux s’y situer comme ça. Seul lui évoluait et prenait de l’âge au fil des ans. Cependant, ses habitudes étaient toujours les mêmes. Sa vie aussi.
Une agréable routine, en somme.
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Et voilà, pour le nouvel an, le début également d’une nouvelle aventure. Comme vous le voyez je reviens à mon goût pour Paris, c’est vraiment un plaisir d’écrire sur cette ville (même si c’est cliché). Donc un premier chapitre calme, qui laisse bien entendu augurer des bouleversements dans la vie de notre personnage principal
Donc, qu’en pensez-vous ? Avez-vous envie de lire la suite (quelle que soit la réponse vous y aurez droit mais bon xD) ? Et… pour les anciens qui auraient un peu de mémoire, j’attends des remarques sur un passage précis de ce chapitre =P.
Bonne année et à bientôt !


L’histoire s’annonce pas mal
Alors, qui va bouleverser la vie de notre cher libraire ? Valentin ? l’étudiant ? oui,oui, je me fais des idées mais c’est le but quand on crée du suspens comme ça, non ? :p
Re-bonne année !
A bientôt !!
P.S. : le mot “ami” a disparu avant “vieillissait” – juste pour info
Aha il faudra attendre un ou deux chapitres pour que l’histoire s’amorce, et encore ce ne sera qu’un début, ils vont prendre leur temps ces personnages ^^
merci pour la faute, je vais corriger ça !
Ohhhh !!!!
Eh bien j’aime beaucoup !!!!
Moi je dit trois mile OUIIIII pour la suite *_*
En tout cas bravo à toi =D
Biz.
Merci beaucoup ^^ la suite est en cours d’écriture !