
Ludovic était arrivé au bar à vingt heures comme tous les sois. Il se rendait là dès qu’il avait mangé, pour éviter de se retrouver seul chez lui. Il détestait cela, et d’ailleurs il passait la plupart de son temps à l’extérieur : au travail, au restaurant, et ici… Il avait renoncé à meubler le silence avec des amis ou des connaissances, puisque de toute façon il préférait être libre de réfléchir à sa guise, sans avoir besoin de tenir une conversation. Il aimait observer le monde autour de lui, détailler les gens, la ville, tout était susceptible d’attirer son attention et de le faire réfléchir. Seulement, il aimait le faire avec du bruit autour de lui. Un fond sonore lui était indispensable.
Cette angoisse du silence l’amenait donc à venir boire dans ce bar tous les soirs. Ainsi, il était entouré, observait la foule à sa guise pendant toute la soirée, et parfois même trouvait un partenaire pour la nuit, ce qui lui évitait de la passer à boire. En l’occurrence, cela faisait plusieurs semaines qu’il y était contraint. Il faut croire qu’en ce moment, il n’y avait personne susceptible de lui plaire, ni à qui il aurait pu plaire.
Mais il avait la sensation que, ce soir, il en irait autrement. Il y avait dans la salle plus d’animation que d’habitude. Plus de monde, également. L’était d’esprit devait être globalement plus joyeux, car même la musique était plus entrainante que les autres soirs. Il devait bien admettre que l’ensemble le rendait moins enclin à la solitude, et qu’il se sentait plus disposé à tenir une conversation avec qui voudrait bien l’approcher.
Il était accoudé au bar, un verre de bière à la main, et s’était lancé dans une discussion animée avec le serveur, à propos du cinéma. Lui préférait les vieux films français, l’autre les superproductions américaines. Évidemment, il y avait un monde entre les deux. Sans se disputer, ils argumentaient cependant avec ferveur pour la cause qu’ils préféraient.
Au bout d’un moment cependant, le serveur dut se remettre au travail et le laisser seul avec sa bière. Il se mit à observer la salle et les gens qui y évoluaient. La plupart étaient occupés à boire, depuis un moment pour certains s’il en croyait les rires gras qui lui parvenaient. Il faut dire que lui aussi avait beaucoup bu depuis deux heures qu’il était là, mais il tenait assez bien l’alcool pour quelqu’un de vingt-cinq ans qui n’avait qu’une année d’entrainement derrière lui. Il se sentait simplement mieux, tout en gardant le contrôle de ses actes, ce qui n’est pas négligeable en soi.
Il commanda une énième bière, sa troisième ou sa quatrième. Il gardait à l’esprit un chiffre approximatif, pour être sur de ne pas se ruiner. Commander un verre supplémentaire était devenu un geste machinal qu’il effectuait sans y penser vraiment.
Il s’ennuyait un peu, à boire seul. La contemplation des gens occupés à danser ou à rire ne lui suffisait plus. Il poussa un soupir et se décida à quitter le bar qui était presque déserté à cette heure où l’alcool poussait les gens à se lâcher et à danser.
Le soir, le patron des lieux avait l’habitude de pousser les tables au fond de la salle pour libérer une piste de danse. Ludovic s’en approcha un peu, curieux de voir dans quel état étaient les pires.
Il était encore tôt pour les fêtards, aussi il ne se passait rien de sensationnel. Une vingtaine de personnes se trémoussaient gentiment, un verre à la main. Il s’adossa à un mur et termina son verre qu’il posa sur une table. Il ferma ensuite les yeux pour se laisser envahir par la musique, mais sa tranquillité fut de courte durée car on l’aborda soudain :
-D’humeur solitaire ?
Il tourna la tête vers une fille, plutôt jolie, qui s’était placée à sa gauche. Il lui sourit pour paraître aimable et répondit en regardant le centre de la salle :
-Pas vraiment. Je n’ai pas encore envie de me mêler à tous ceux-là. Je n’ai pas le sentiment que leur conversation serait très intéressante.
Elle hocha la tête en souriant, et il la vit le détailler discrètement. Visiblement, il lui plaisait. Malheureusement pour elle, il n’était pas intéressé. Toutefois, comme il n’avait personne en vue pour l’instant, il décida d’accepter cette compagnie à laquelle il ne rechignait pas ce soir, pour une fois qu’il n’était pas d’humeur à réfléchir sur tout ce qu’il voyait.
Ils discutèrent donc un moment, parlèrent de musique et d’art, jusqu’à ce qu’un soudain changement d’ambiance se produise dans la salle. La lumière changea, devint plus tamisée et ciblant le centre de la pièce.
Il échangea un coup d’œil interrogateur avec la femme qui lui tenait compagnie, ne comprenant pas ce qu’il se passait. Il arrivait, même si c’était rare, que le patron lance des slows lors de certaines soirées. Mais il n’avait pas l’impression que c’était le cas ce soir-là. Cela ressemblait plutôt à l’envie soudaine du patron qui aurait voulu s’amuser avec les lumières, ou faire un essai. Il n’y avait plus de musique, en plus. Il laissa la fille derrière lui et se rapprocha du groupe de personnes qui se trouvaient au centre de la salle. Il lui sembla, en se rapprochant, qu’elles formaient un cercle autour de la zone éclairée par cette faible lumière jaune.
Le silence s’était fait depuis la fin de la dernière chanson, et il sursauta légèrement quand la musique retentit à nouveau. Il ne connaissait pas ce morceau, aussi prêta-t-il une oreille attentive aux premières notes qui esquissaient une mélodie à la fois dansante et lascive. Les gens se pressèrent alors vers le centre de la pièce et un murmure d’étonnement traversa la foule.
Intrigué, Ludovic joua des coudes pour enfin savoir ce qui les attirait à ce point. La musique emplissait ses oreilles à mesure qu’il s’approchait du centre de l’attention générale. La lumière l’éblouit lorsqu’il passa le dernier rang de spectateurs et il mit quelques secondes à réaliser ce qu’il se passait.
Il se figea quand il l’aperçut. Au centre du cercle, en pleine lumière, un adolescent d’à peine vingt ans avait comme aimanté tous les regards sur lui. Ludovic le fit pas exception. À peine eut-il posé ses yeux sur le jeune homme qu’il ne put plus les en détourner.
Il avait commencé à bouger lentement au début de la chanson, tant qu’il n’y avait que la musique. Mais dès que les paroles furent entamées, ce fut comme une explosion. Le jeune homme commença à se déhancher d’une façon incroyablement sensuelle, et les mots espagnols coulèrent de sa bouche, roulant sur sa langue si naturellement que c’en était fascinant.
Ludovic retint son souffle un moment, incapable de se détourner de ce spectacle au magnétisme époustouflant. C’est comme si on l’avait saisi aux tripes, l’empêchant de bouger d’ici. Autour de lui, les autres regardaient d’un œil curieux, voire amusé. Lui était tout simplement scotché. Cette voix accentuée et chaude lui donnait de longs frissons. Il vit l’adolescent lever les bras et croiser les mains derrière sa tête, puis relever les yeux et adresser un sourire ravageur à l’assemblée.
Ludovic déglutit. Il n’avait même pas conscience d’être au milieu de ce bar. Il n’avait plus aucune notion du temps, et pourtant il fallait bien admettre qu’il tournait, au fur et à mesure que la musique l’envahissait et que la chanson s’écoulait.
Il ne pouvait détacher ses yeux de ce corps en mouvement. Il fixait tour à tour ses jambes, ses hanches qui ondulaient au rythme langoureux des instruments, son torse bougeant sous le tissu de ses vêtements, ses mains, ses yeux…
Ses yeux qui finirent par croiser les siens, le clouant sur place. Un grand sourire étira les lèvres du jeune homme, et Ludovic se sentit rougir malgré lui. Il eut presque honte d’être charmé à ce point par un adolescent alors que d’ordinaire, il était celui qui cherchait à séduire. Il se retrouvait en quelque sorte pris à son propre piège, par quelqu’un de beaucoup moins expérimenté que lui. Enfin ça, il le supposait seulement.
La façon de danser du jeune homme dénotait beaucoup trop de sensualité pour qu’il n’ait pas l’habitude de captiver et d’aguicher de cette façon.
Ses yeux étaient toujours plongés dans ceux de son vis-à-vis, et il avait comme l’impression que les regards se tournaient vers lui au fur et à mesure que les membres de l’assemblée se rendaient compte de cet échange visuel, qui plaçait Ludovic au centre de l’attention.
Il se sentit soudain pris au piège, comme si en croisant son regard il avait fait un pas vers le centre se la scène, et qu’il ne pourrait plus revenir en arrière. Le danseur commença d’ailleurs à s’avancer un peu, se rapprochant dangereusement.
Il y avait quelque chose dans les yeux de cet adolescent d’effrayant et d’attirant à la fois. Ludovic avait en cet instant la sensation d’être comme un petit moucheron pris dans la toile d’une araignée venimeuse. Un spécimen rare, magnifique et dangereux. Et lui était englué, incapable de se sortir de là. Peu à peu, il vit le jeune homme se rapprocher de lui, lui faisant signe de s’avancer vers lui, mais Ludovic n’osait pas se placer dans la lumière, devant tous ces regards curieux qui attendaient la suite du spectacle.
Cependant, il n’eut pas le choix. Les mains brûlantes du jeune homme vinrent saisir les siennes, moites, pour l’attirer près de lui. Ludovic se laissa faire mollement et apprécia la chaleur qui l’envahit à travers ces mains, remontant dans sa poitrine et lui embrouillant le cerveau.
Tiré par cet adolescent diabolique, il arriva au centre de la lumière, et se retrouva projeté contre son torse et collé fermement contre son corps. Il était coincé et avait terriblement envie que cela continue. Entrainé par la musique et la voix chaude du jeune homme, il finit par se laisser aller et calqua son déhanché sur le sien. Leurs bassins s’entrechoquaient alors que leurs torses ne se détachaient pas d’un centimètre. L’adolescent était plus petit que lui, d’une tête au moins, et pourtant il le dominait complètement. Levant la tête, les yeux plantés dans les siens d’une façon extrêmement provocante, il menait la danse, c’était le cas de le dire.
Il ne souciait plus des gens autour d’eux, qui les regardaient les yeux écarquillés ; son cerveau et toute sa capacité de réflexion étaient dissouts, par ce venin étourdissant qu’il n’avait jamais subi auparavant.
Bizarrement, ce n’était pas désagréable. Il comprenait la fascination de la proie devant son prédateur, qui sait qu’elle va se faire manger mais ne peut pas bouger.
Un mouvement brusque du jeune homme lui fit reprendre ses esprits, quand il tourna contre lui et colla son dos contre son torse. Ludovic entoura sa taille de ses bras et reprit ses mouvements en le tenant ainsi contre lui. Il observait maintenant le visage de l’adolescent sous un angle nouveau, ses yeux attirés par ses lèvres fines bougeant rapidement, ses yeux fermés aux grands cils, ou ses cheveux humides dont il percevait maintenant l’odeur.
Il baissa la tête pour humer leur parfum, avant de plonger son visage dans son cou. Presque malgré lui, il posa ses lèvres sur la peau humide et chaude, et le jeune homme tourna la tête vers lui en souriant, recouvrant de ses mains celles de Ludovic, posées sur les hanches bougeant sans cesse. Le bassin du danseur frottait contre l’entrejambe de Ludovic qui sentait l’excitation monter. Il ferma les yeux et appuya son visage contre l’épaule de celui qui le mettait dans tous ses états.
-J’en peux plus, gémit-il contre le tissu de son T-shirt près du corps.
Il perçut un léger rire au milieu des mots espagnols et, quelques secondes plus tard, comme si sa parole avait été entendue, la musique s’arrêta et le jeune homme s’immobilisa enfin contre lui. Ludovic se redressa lentement, à bout de souffle, et admira le visage extatique du danseur après sa performance, radieux sous les applaudissements qui se déclenchèrent parmi les spectateurs.
Ludovic, derrière lui, n’osait pas bouger. Il attendit que le jeune homme se soit abreuvé tout son soul des félicitations, avant de faire volte face et se tourna vers lui, le clouant sur place de son regard rieur. Ludovic écarquilla les yeux quand il le rejoignit d’un pas vif, le prit par la main et, l’entrainant derrière lui, fendit la foule amassée autour d’eux.
Ils se dirigèrent vers le bar et l’adolescent le lâcha, s’installant sur un des sièges inoccupés. Un peu hébété, Ludovic fit de même et se plaça à côté de lui. Le jeune homme le regarda par en-dessous, semblant attendre quelque chose. Le plus vieux, mal à l’aise et excité à la fois, finit par se racler la gorge pour masquer son désir et demanda d’une voix mal assurée :
-Comment tu t’appelles ?
-Alexis, répondit l’intéressé du tac au tac.
Ludovic hocha la tête. Regardant autour de lui, il cherchait quelque chose à dire mais ne voyait rien qui aurait su correspondre à ce qu’il ressentait, au désordre qui l’habitait. Ce jeune homme, cet Alexis, il l’avait rencontré à peine dix minutes auparavant, et pourtant l’érection comprimée dans son pantalon témoignait qu’il avait terriblement envie de lui.
Cependant sa conscience le retenait. Il ne pouvait pas coucher avec un ado qui sortait de nulle part, et dont il ne savait même pas s’il était majeur. La décence et les bonnes manières lui imposaient de faire les choses progressivement.
-Tu veux boire quelque chose ?, demanda-t-il finalement, nerveux.
Alexis eut un sourire narquois.
-J’aurais plutôt envie de faire l’amour.
Ludovic en avala sa salive de travers, écarquillant les yeux. Il observa avec attention le visage du jeune homme qui, malgré ses yeux rieurs, avait l’air sérieux. Le plus âgé regarda autour de lui, comme pour chercher un soutien qui l’éclairerait sur ce qu’il devait faire, dire. S’il avait voulu faire dans la douceur, ce n’était visiblement pas dans les intentions d’Alexis.
Pour l’instant, il était juste perdu. Il chercha une réponse dans les yeux du jeune homme mais n’y comprit pas grand chose.
-J’étais sérieux, tu sais, relança l’adolescent.
Ludovic poussa un soupir et ferma les yeux.
-Tu ne veux pas ?, l’interrogea Alexis. Moi j’ai envie pourtant. Tu me plais vraiment.
Ludovic ouvrit les yeux quand un rire parvint à ses oreilles. Il en chercha l’origine et vit le patron du bar, de l’autre côté de celui-ci, les regarder en pouffant.
-Tu essayes d’en choquer le plus possible ?, demanda l’homme à Alexis.
Ludovic écarquilla les yeux et regarda tour à tour le jeune homme et le patron, avant d’oser poser sa question :
-Vous vous connaissez ?
-Un peu, oui !, s’exclama Alexis. C’est mon maquereau, ajouta-t-il en souriant d’un air mutin, si bien que Ludovic se mit à tousser à nouveau, ne sachant pas ce qu’il devait croire ou non.
-T’exagères !, s’exclama le patron. Disons, poursuivit-il d’une voix plus basse en se penchant vers Ludovic d’une façon intimiste, que je lui fournis une chambre pour conclure, ça lui évite de devoir payer l’hôtel.
Ludovic écarquilla les yeux. Était-il arrivé chez les fous ?
-Et rassurez-vous, il est majeur.
Alexis lui sourit.
-J’ai dix-neuf ans, en fait.
Ludovic se prit la tête dans les mains, déboussolé. Il avait beau connaître les aventures d’un soir, d’ordinaire ça s’était toujours passé en douceur, progressivement… Ce jeune homme qui disait tout haut qu’il avait envie de coucher avec lui le mettait mal à l’aise.
-Ça ne va pas ?, s’inquiéta soudain Alexis en posant une main sur son bras.
-Lâche-moi !
Son cri avait fait sursauter le jeune homme et il s’empressa de s’excuser :
-Je… pardon.
Alexis haussa les sourcils puis eut un sourire indulgent. Sans lâcher du regard son aîné qui ne savait décidément plus où il en était, il se leva et tendit une main vers lui :
-Viens.
Ludovic grimaça, mais le jeune homme l’éclaira sur ses intention,s le rassurant :
-On va discuter un peu ailleurs. Il y a trop de bruit ici.
Il pesa rapidement le pour et le contre, avant de se dire qu’il n’avait pas grand chose à perdre s’il cédait à la tentation. Un peu d’honneur tout au plus. Ce ne serait pas vraiment de sa faute. Il se leva en jetant un regard hésitant au patron, dont l’expression énigmatique l’effraya un peu. Pourtant, il suivit Alexis, le regard immanquablement attiré par le bas de son dos -ses fesses, pour le dire clairement- tandis qu’il marchait devant lui.
Ils longèrent le bar et se dirigèrent vers une porte marquée d’un sens interdit au-dessous duquel était inscrit « privé ». Le jeune homme l’ouvrit sans aucune hésitation, attirant pour la dernière fois de la soirée les regards curieux des consommateurs. Ludovic observa la salle comme s’il était condamné à ne plus jamais ressortir, et la porte se referma derrière lui. Il se tourna vers Alexis qui le fixait en penchant la tête sur le côté, avec un demi-sourire.
-N’aie pas peur. Je ne vais pas te manger. Allez, viens.
Il lui prit doucement la main, contrastant avec sa franchise, et Ludovic le suivit sans résister. Il perdait toute force et ne réfléchissait plus vraiment. Ils se trouvaient dans un couloir sombre. Alexis, marchant d’un pas sûr, l’entraina jusqu’à la dernière porte sur leur gauche, qu’il poussa d’un coup de pied.
Ils pénétrèrent dans une petite chambre, pas vraiment luxueuse. Tout était blanc, hormis les rideaux vert pomme qui étaient la seule touche de couleur dans la pièce. Un lit double et une table de nuit en contreplaqué consistaient tout le mobilier.
Alexis referma la porte derrière eux et l’invita à s’avancer plus dans la pièce. Ludovic, un peu intimidé, fit quelques pas puis s’arrêta. Le jeune homme le regarda d’un air amusé et poussa un soupir. Il s’assit sur le rebord du lit et tapota le matelas à côté de lui.
-Allez, viens t’asseoir. Je ne vais pas te sauter dessus, je te l’ai dit.
Hésitant, Ludovic fit quelques pas de plus et se laissa tomber sur le lit, en faisant grincer les ressorts. Alexis tourna la tête vers lui, un léger sourire aux lèvres.
-Alors t’es pas du genre à coucher le premier soir, c’est ça ?
Ludovic eut un léger rire. Il baissa les yeux sur les mains posées sur ses genoux.
-Le premier soir, si, commença-t-il à expliquer. Ce serait même plutôt dans mes habitudes, ajouta-t-il en souriant. Mais… faut quand même un peu de temps pour se mettre dans l’ambiance, tu vois ?
Alexis eut un sourire narquois.
-Pourtant j’avais l’impression que ma petite danse t’avait bien mis dans l’ambiance, tout à l’heure…
Ludovic se mit à rougir. Il bafouilla :
-Je… des fois l’esprit n’arrive pas à freiner le corps, tu sais…
Le jeune homme éclata de rire.
-Un abonné des coups d’un soir qui a des principes ? C’est la meilleure, ça.
Ludovic lui jeta un regard agacé mais fut vite vaincu par l’éclat rieur dans les yeux de son vis-à-vis, et son sourire charmeur. Délicieusement figé par ce regard, il se sentit fondre, incapable de répondre et de se défendre. Il reprit cependant ses esprits quand Alexis l’interrogea :
-Tu fais quoi dans la vie ?
Ludovic haussa les sourcils.
-Je suis commercial chez un grand concessionnaire.
-Passionnant, commenta le jeune homme, ironique.
Ludovic haussa les épaules.
-J’y peux rien, j’ai fait une école de commerce et j’ai pris le boulot qu’on me proposait, c’est tout.
-Mais je ne critique pas… C’est juste que je me vois vraiment pas faire un boulot de ce genre. J’ai besoin de bouger de dépenser de l’énergie…
Le plus vieux s’accorda un sourire. Il lui semblait évident qu’un adolescent avec un tel besoin de plaire n’irait pas s’enfermer toute la journée dans un bureau où personne ne le verrait. Même si son boulot de commercial consistait à séduire les clients, en quelque sorte. Pour leur vendre des voitures. C’est vrai que ce n’était pas très excitant.
Et il lui semblait qu’Alexis préférait vendre son corps plutôt que des objets. Il grimaça à cette idée. Il fallait qu’il arrête de penser à des choses aussi horribles que la prostitution sinon son malaise ne se dissiperait jamais. Il ferma les yeux un instant et prit sur lui pour relancer la conversation en ayant l’air le plus naturel possible :
-Et toi… tu… fais quoi ?
Bon, pour le naturel c’était raté. Il se sentit rougir alors qu’Alexis souriait à côté de lui.
-Je me fais entretenir par mes parents, répondit-il en riant. En fait je fais une fac de lettres mais je fais le strict minimum pour avoir tout le temps que je veux pour sortir.
Et séduire, ajouta mentalement Ludovic. Il avait du mal à concevoir ce mode de vie des plus jeunes que lui qui à leur majorité se transformaient en animaux nocturnes se reproduisant en boîte de nuit et arrivant à la fac comme des zombies le lendemain matin. Pourtant il faut croire que ça avait quelque chose de vraiment plaisant pour qu’ils soient si nombreux à vivre ainsi.
Mais lui préférait l’ambiance plus calme des bars à la musique assourdissante des boîtes de nuit et aux dragues faciles conclues vite fait à l’arrière d’une voiture.
Même s’il ne revoyait jamais ses partenaires -il n’y avait jamais vu d’intérêt- il aimait faire les choses bien. Ne pas penser qu’à son propre plaisir, par exemple, comme le faisaient certains s’il en croyait les compliments qu’il avait reçus de certaines filles avec lesquelles il avait couché.
Entre hommes on échangeait pas ce genre de commentaires. Le sexe suffisait. Ludovic étouffa un juron entre ses dents alors que des images érotiques envahissaient son esprit et le rendaient incapable de répondre tant il avait peur de perdre le contrôle de lui-même.
Il sentait sur lui le regard d’Alexis, qui devait le trouver bien ridicule. Pourquoi un homme de son âge perdait-il tous ses moyens devant un adolescent de six ans son cadet ? Il ne trouvait lui-même pas la réponse à cette question.
-Ça va ?, demanda la voix soudain inquiète d’Alexis.
Ludovic hocha la tête et marmonna :
-Oui, oui… c’est juste que…
-Je te mets mal à l’aise à ce point ?
Coupé dans sa phrase, le plus vieux ne sut plus quoi dire. Il soupira et s’allongea sur le lit, se laissant tomber en arrière. Alexis se tourna vers lui en souriant.
-Qui ne dit mot consent, asséna-t-il d’un ton enjoué.
Est-ce que ça lui faisait tant plaisir qu’il ne soit plus dans son état normal à cause de lui ? Vu son sourire radieux, il fallait croire que oui. Ouvrant les yeux effrayés, il vit le jeune homme se pencher au-dessus de lui et s’appuyer de chaque côté de ses épaules avant de chevaucher son bassin Ludovic était tétanisé. Pris au piège.
Malgré tout, son inconscient devait bien trouver cela agréable malgré les restes de principes qui lui disaient de ne pas se laisser faire, car il était tétanisé et incapable de repousser Alexis. Celui-ci semblait beaucoup s’amuser s’il en croyait l’immense sourire qui étirait ses lèvres.
-Alors ? Quelque chose à ajouter pour ta défense ?
Ludovic respirait vite, comme si sa poitrine était opprimée. Cependant, la chaleur remontait dans son torse et une agréable langueur l’envahissait. Peu à peu, en même temps que le visage du jeune homme se rapprochait du sien, il oublia sa mauvaise conscience pour ne ressentir plus que l’agréable contact de ses lèvres sur les siennes.
-Tu vas voir, chuchota la voix de l’adolescent à son oreille, le faisant frémir… Laisse-toi faire, ça n’engage à rien, je suis sûr que tu vas aimer…
Ludovic, n’en pouvant plus, gémit et suivit son conseil, s’abandonnant à ses caresses, juste pour la nuit…
*
Le lendemain matin, quand Ludovic ouvrit les yeux, tout son corps était courbaturé et il n’y avait plus personne à ses côtés. Cela dit, ça ne l’étonna pas vraiment. Il savait avant de se laisser aller que cela n’aurait aucun caractère sérieux, et d’ailleurs ce n’était pas ce qu’il voulait. Mais le départ de l’adolescent était un peu brutal. Il avait l’habitude de discuter un peu avec ses amants, d’échanger quelques baisers encore avant la séparation qui était en générale définitive, sans pour autant que cela brise le cœur d’aucun des deux.
Il soupira et grimaça en se redressant. Le jeune homme l’avait chevauché à maintes reprises, les menant de ses incroyables mouvements de hanches à des orgasmes d’une puissance inouïe. Ludovic ne se souvenait même plus du nombre de fois où il avait joui. Au bout d’un moment, le plaisir était devenu si fort qu’il avait rendu tout le reste flou. Il avait fini par perdre la tête sous les assauts répétés d’Alexis et avait finalement pris le dessus, lui faisant l’amour sauvagement contre le matelas, et dans plein d’autres positions incongrues que le jeune homme lui avait fait découvrir.
Même si ça n’avait été, et ne resterait que du sexe, Ludovic savait qu’il n’oublierait pas cette nuit. Il aurait du le savoir dès le début d’ailleurs, au moment où les premières notes de musique avaient atteint ses oreilles. Il s’était jeté dans la toile de l’araignée en sachant qu’il ne pourrait s’en dégager qu’après avoir été mangé. Mais a partie de lui qui avait été dévorée laissait comme un vide brûlant au milieu de sa poitrine.
Il poussa un profond soupir, décontenancé par ces sentiments qui l’assaillaient au réveil. Cependant, alors qu’il allait repousser les draps pour se lever et se rhabiller, il entendit du bruit. De l’eau qui coule… Quelqu’un prenait-il une douche ?
Intrigué, il fronça les sourcils et se leva pour essayer de trouver d’où venait le bruit. Entièrement nu, il s’avança dans la petite chambre dont les rideaux étaient toujours fermés et découvrit dans le coin gauche de la pièce une porte entrouverte. Il la poussa et découvrit une petite salle de bain, blanche elle aussi équipée d’un lavabo et d’une douche derrière la porte de laquelle il distingua une silhouette. Il sourit, la forme de ce corps, il la connaissait. Il l’avait étudiée toute la nuit.
Il s’approcha et ouvrit d’un coup la porte vitrée et floue, faisant à peine sursauter l’occupant de la douche. Alexis, le corps trempé et à moitié savonné, se tourna vers lui et lui adressa un sourire coquin. Il le saisit par le poignet et l’attira près de lui.
Ludovic gémit quand son corps rencontra celui de l’adolescent, et que son sexe en train de gonfler se frotta contre celui d’Alexis. Ce dernier le fixa dans les yeux et caressa ses joues, glissa ses mains dans ses cheveux désormais mouillés par l’eau chaude, et attira son visage contre le sien. Le plus âgé retint son souffle quand leurs lèvres se touchèrent, et son bassin se pressa malgré lui contre celui de l’adolescent, dont la langue s’immisça sans aucune gène dans sa bouche, faisant langoureusement tourner la sienne.
Timidement, les mains de Ludovic allèrent caresser le bas du dos d’Alexis, qui prit cela pour un signal et s’empressa de saisir son sexe à pleine main, le faisant pousser un gémissement grave. Incapable de se soustraire à cette douce torture, Ludovic chercha les lèvres du jeune homme pour étouffer les grondements qui montaient de sa gorge tandis que les doigts fins et habiles s’activaient sur sa verge.
Plus excité que jamais, il ne tarda pas à jouir dans la main d’Alexis qui lécha ses lèvres et eut un sourire gourmand en admirant son visage déformé par l’orgasme. À bout de souffle, Ludovic gémit faiblement quand ses doigts glissèrent jusqu’à ses testicules.
-Je vais finir par y arriver, tu vas voir, souffla le jeune homme dans le creux de son cou.
-Hein ?, demanda bêtement Ludovic qui se remettait à trembler.
-A les vider.
Comprenant soudain la remarque obscène de l’adolescent, il releva la tête pour le regarder dans les yeux, et ensemble ils éclatèrent de rire.
*
Quelques minutes plus tard, après d’autres essais du jeune homme pour mener à bien cette tâche qu’il s’était confié, ils étaient tous les deux revenus dans la chambre. Ludovic, assis sur le lit et légèrement abattu, regardait Alexis se rhabiller et observait, il le savait, une dernière fois les courbes qui l’avaient tant fait vibrer la nuit passée.
Il savait que c’était normal qu’ils se séparent maintenant. Qu’ils avaient fait le tour de ce qu’ils pouvaient faire ensemble -et que c’était d’ailleurs très agréable. Mais il ne se faisait à l’idée que difficilement. C’était étrange, finalement, de se dire qu’après avoir partagé des moments aussi intimes, on pouvait se séparer avec juste un « au revoir », qui voulait en fait dire « adieu ».
Alexis, sentant son regard un peu trop triste sur lui, se tourna vers lui et lui sourit. Il le prit par la main et le força à se lever, l’entrainant avec lui vers la porte.
-Je vais y aller, murmura-t-il avec un sourire indulgent.
Ludovic hocha la tête. Il n’arrivait pas à lâcher la main dans la sienne.
-Tu peux prendre ton temps pour te rhabiller, et tu sortiras en claquant la porte de derrière.
Nouvel hochement de tête.
-Bon, j’y vais, sourit Alexis, sentant bien qu’il devait faire seul les efforts pour se détacher du plus vieux.
Tout doucement, il se hissa sur la pointe des pieds et l’embrassa délicatement sur la bouche avant de lui tourner le dos, lui adressant un dernier regard. Le jeune homme passa alors la porte et disparut dans la couloir, laissant Ludovic comme abandonné, avec la douloureuse sensation qu’on venait de lui voler un morceau de son cœur.
______________________
Un petit bonus de nouvel an, pas de la grande qualité mais assez pour vous divertir si vous n’avez pas fini de décuver et que vous ne faites absolument pas attention à ce que vous lisez xD Voilà donc une petite nouvelle pour marquer le coup, à lire puis oublier ! Bonne année à tous !


Bonne Année Merlin !
Ce petit OS me laisse une impression de nostalgie… On se plait assez à imaginer qu’en réalité ce n’est pas vraiment un dernier regard, que la lumière n’a pas vraiment bruler les ailles du papillons. J’aime à penser que Ludovic va chercher à revoir Alexis et qu’ils resteront ensemble même si cela arrive bien plus tard…
Belle histoire !
Et encore une fois Bonne Année !
Merci ! Bonne année à toi aussi, et merci d’avoir apprécié cette petite histoire ^^
Bonne année !
Jolie petite histoire, malgré la pointe de mélancolie qu’elle laisse derrière elle
Merci ! Bonne année à toi aussi, et d’ailleurs désolée de ne plus passer sur ton blog ces derniers temps, j’ai eu des choses à penser qui m’ont fait mettre de côté le reste
Merci ! Pas de souci, tu repasses quand tu as le temps, je suis toujours heureuse d’avoir un de tes com’s. Pour l’instant, j’avance bien dans ma nouvelle histoire donc le jour où tu viendras refaire un tour, tu auras de quoi lire